» Jean-Charles Stora est sculpteur depuis plusieurs années, il coupe, forme, soude le fer et l’acier pour produire des sculptures toujours empreintes d’une délicate poésie. Il traduit les instabilités du temps dans de subtils équilibres de pierres et d’acier. Chez Stora, ce sont les mains comme chez beaucoup de sculpteurs qui maitrisent la forme, on ne les imagine pas ces mains, assembler des petits riens, broder la matière dans la légèreté, la délicatesse, et dans un même temps plier, souder des totems de fer dressés vers le ciel. Stora n’assemble pas que des pièces de métal et de verre, il réunit les autres, il unit les sculptures et les êtres dans une stabilité réconfortante. »

François Mauplot

Créer, comprendre, vivre :

le réalisme relationnel de Jean-Charles Stora

 

L’engagement de Jean-Charles Stora dans la pratique artistique n’est pas le résultat d’une révélation ou d’une subite décision, mais plutôt le fruit d’une continuité obstinée. En entrant dans sa recherche, JCS a certes déplacé son regard et trouvé de nouveaux points de vue ; mais son domaine est resté celui qui avait toujours été le sien, et il a continué de faire ce que dans sa vie il avait toujours fait : aller à la rencontre des autres, provoquer des situations dans lesquelles le partage des perceptions et des émotions crée le lien.

Car percevoir et comprendre le monde ne peut être une activité solitaire. La compréhension à laquelle on prétendrait parvenir en son for intérieur, indépendamment des autres, ne peut être qu’une illusion ou un non-sens, au mieux un délire. Percevoir la réalité du monde, c’est comprendre les autres avec lesquels on l’observe et le partage ; c’est regarder ensemble, s’accorder sur nos visions, émotions et sentiments, et même sur nos désaccords. La nécessaire vision partagée de l’objet, et la compréhension du regard de l’autre qu’elle implique, c’est ce que nous appelons « relation ».

Parce qu’elle est la vie et le plaisir, la relation ne peut être qu’une pratique ; si on la considère comme un centre d’intérêt, un concept ou un domaine à explorer avec des médias, artistiques ou autres, on s’en distancie et on en sort. Échange de regards, mutuelle compréhension, partage des visions, des émotions et des sentiments : JCS a toujours été attentif à ces pratiques, tant dans l’ordinaire de l’amitié que dans ses activités de thérapeute ou de formateur, et c’est toujours cela qu’il recherche dans l’expression artistique, comme le montre l’émouvante série des « Semblables », dont toutes les pièces ont été réalisées dans un des moments de partage et de plaisir les plus ordinaires de la vie humaine : les repas conviviaux.

Autant dire que la relation est la construction, cognitive et émotionnelle, du monde. Toute chose perçue est objet de nos relations, objet et miroir de nos regards croisés, de notre compréhension, de nos sentiments. Un objet n’a d’autre sens que celui que nous nous accordons pour lui donner, et d’autre réalité que ce sens. La relation est notre seule vraie réalité. Lorsque des objets, ordinaires ou artistiques, nous font signe, lorsque nous avons le sentiment qu’ils nous disent quelque chose, c’est parce que nous nous accordons pour leur donner un sens ; leur réalité est la nôtre, celle que nous construisons ensemble. La relation contient toutes les possibilités de la créativité humaine. Tout le travail de JCS peut être vu comme exploration et mise en évidence de cette créativité. Ses pièces ne sont pas des représentation, des questions muettes ou des symboles ; elles ne portent ni messages ni indices de significations dissimulées ; elles ne contiennent pas de sens à découvrir et ne cachent aucune révélation. Elles sont des invitations, des objets réels qui nécessitent que nous les construisions, que nous accordions nos regards, que nous leur donnions un sens dans la relation, en usant de notre créativité.

JCS n’offre donc pas les objets qu’il construit et assemble à notre seul regard ; il les propose à notre besoin de relation, à notre besoin de comprendre l’autre, à notre nécessaire effort de construction du monde : a notre propre créativité. Ses œuvres impliquent nos manières de vivre ensemble et les interrogent. De ce point de vue, on peut dire que son travail est d’un réalisme véritablement relationnel.

Gérard Renaudo Octobre 2016

 

Jean-Charles Stora

L’apprentissage du regard

 

Les pièces de Jean-Charles Stora ne sont pas des objets préalablement chargés de sens et d’émotions puis proposés à notre interprétation ; elles sont simplement offertes à notre regard. De ce point de vue, plus que des sculptures, ce sont des constructions.

Voyez d’abord le métal : pas comme un élément naturel, mais comme un matériau de construction. Regardez les marques de l’activité humaine dans la rouille, la grisaille, la matité, la luisance. Regardez les surfaces planes, les sections cylindriques, les soudures, les traces de polissage, tout ce qui montre la manufacture ; la rigidité et la souplesse, la force et la finesse, tout ce que nous nommons architecture.

Regardez vers le bas. Appréciez les socles nécessaires, l’épaisseur des plaques de métal, l’endroit précis où les tiges sont fixées à leurs bases. Comme dans toute architecture, ces éléments font partie de l’œuvre ; ces techniques de support et d’assemblage sont aussi des indications, des flèches qui désignent les formes qu’elles rendent possible, les équilibres qu’elles permettent.

Plus haut, au bout d’une tige ou dans la fente d’un bloc, suspendus ou coincés, d’autres matériaux, d’autres formes, d’autres couleurs, font détail avec précision. Cailloux, morceaux de bois bruts laissés en l’état auquel leur nature les conduit ; ou à l’inverse surfaces travaillées, objets manufacturés, peints de couleurs vives. Ces éléments attirent notre regard et pourtant ils ne disent ou ne suscitent rien en eux-mêmes. Leur présence ne fait qu’indiquer ce qui les tient là, ce qui les rend possible ; leur attirance est un guide pour notre regard, un guide pour voir la forme réelle : la construction dans les rapports de tous les éléments qui la composent.

Les constructions de Jean Charles Stora nous touchent parce qu’elles ne montrent que leur nature humaine, qui est d’être construite par un regard. Ainsi nous apprennent-elles à regarder vraiment : elles nous montrent que nous aussi construisons ce que vous regardons. Saisis par ce renversement, nous avons envie de dire qu’il est mystérieux ; reconnaissons simplement que nous sommes alors profondément émus de comprendre ce qui est proprement humain dans toutes nos activités : la nécessité de construire ce que nous regardons.

 

L’atelier

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