expo les semblables

« Mais ils sont des centaines alignés dans une immobilité identique, Semblables qu’ils sont à une foule carnavalesque figée et grotesque. Petits objets de riens, faits de restes.
Si les surréalistes ont utilisé l’écriture automatique, c’était bien pour échapper, du moins le pensaient ils, à la conscience de l’écriture.
Breton liait ses expériences à la psychanalyse et aux théories de Freud, « faire parler le subconscient ». Lorsque Stora « bricole » les bouchons, les cols de bouteille en étain, lesrestes d’une table après le repas et que les conversations s’animent autour de sujets légers ou plus complexes, ses mains, sans autre conscience, manipulent, coupent, grattent, assemblent. Comme de grands échassiers à trois pattes, les Semblablesemplissent l’espace entre le verre et l’assiette. Lorsque tout est éteint sur le champ de la table encore animée des paroles et des idées du diner, ils envahissent les rêves.
Nés sans logique, de l’absurde assemblage de restes, ils ne sont pas sans rappeler lessolutions imaginaires de la « Pataphysique » de A. Jarry au sens ou Jean-Charles Stora construit du réel dans l’absurde.
Si les Semblables naissent en fin de repas dans l’euphorie des bonne bouffes, c’est peut être que les mains à ce moment précis se libèrent et s’éloignent du conscient, que le sculpteur modèle enfin par instinct libre. L’avènement de la sculpture automatique comme André Masson et son dessin.
Stora dont l’esprit modèle la matière, la réfléchit, la conceptualise, la formalise, montre, avec les Semblables, que les mains sont encore libres. »

François Mauplot

expo les semblables

« …ensuite, il a entrepris d’assembler des morceaux de métal, de les réunir dans la soudure, de les confronter au goût de la peinture époxy, ou de leur faire connaître la pierre ou le bois.
Mais c’est en assemblant des personnes que Jean-Charles a commencé. Réunir, donner à des amis l’occasion de se comprendre et de se rapprocher, c’est ce qu’il a toujours obstinément recherché. Pour lui c’est plus qu’un simple moment de plaisir, c’est une activité très importante, une pratique de la vie, un style déjà, un art (très proche d’un autre qu’il pratique, celui de la psychothérapie). Et c’est durant ces réunions, dans les moments d’oisiveté absolue des fins de banquet, que les mains de Jean-Charles ont commencé d’assembler ces petites individualités.
Des semblables donc, mais tous différents. Regardez les biens, ils sont tous faits des mêmes molécules : du bois (de cure-dents), du liège (de bouchons), des feuilles de métal (de bouchons encore !), et divers débris de tables joyeuses. Mais ils mettent en avant leurs différences, ils donnent de l’importance à leurs petites particularités. Regardez les encore plus attentivement si c’est possible, c’est à dire avec un peu plus de tendresse, et vous entendrez leurs efforts pour surmonter leurs différences, pour tenter de se comprendre : la rumeur d’une compagnie attablée. »

Gérard Renaudot